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LE TELETRAVAIL A L'HEURE DU CHOC DU FUTUR
remise en cause de leur organisation que les cadres ne souhaitaient pas.
Du moins au début du phénomène bureautique. L'arrivée de la micro
informatique, et notamment des progiciels d'application dès 1983, va
modifier progressivement l'attitude de ces derniers qui n'en consti-
tuent pas moins, eux-aussi, un des corps d'armée du front du refus.
Moderniser une organisation c'est de la peine et des ennuis ; et aussi
beaucoup de désillusions serait-on tenté d'ajouter : "La réussite écono-
mique de la restructuration de la section - selon les conclusions d'un
rapport d'étude
(46)
- provoque un déséquilibre entre les qualités des
salariés qui travaillent en son sein et ceux qui travaillent dans les sec-
teurs traditionnels. Aussi 60 % des personnes mutées dans cette nou-
velle section souhaitent leur transfert ailleurs car le travail demande un
investissement personnel jugé comme trop important."
Les nombreux échecs constatés dans la diffusion des NTIC n'ont pas
d'autres causes : la crise technologique impose une remise en cause de
la façon de travailler. Elle touche au statut ; les cadres n'y sont pas in-
différents. Outre "l'intermédiation hiérarchique", déjà évoquée, qu'ils
tentent de préserver, ils associent volontiers certains outils, l'accès à
certaines pratiques professionnelles comme un indicateur de leur
statut professionnel et donc social. Le portable en est un exemple. Les
difficultés du développement des liaisons audio et visio-conférence en
est un autre. Elles découlent en partie de la crainte de voir disparaître
une "coutume tribale" et statutaire : le droit au voyage. Ce qui au de-
meurant n'est pas le problème puisqu'il s'agit d'un élargissement des
usages des télécommunications notamment pour ceux - justement -
qui ne voyagent pas .
Aussi, en 1985, au milieu du gué, les premiers constats dans un
contexte si réfractaire sont plus que mitigés. La plupart des expé-
riences de télétravail de l'ère taylorienne vont être interrompues, les
projets abandonnés. Le bilan économique n'est pas à la hauteur des es-
pérances. Les problèmes techniques sont encore nombreux : retard de
la diffusion des réseaux cablés réservés aux usages ludiques,
problèmes de compatibilité, difficultés légales et syndicales et surtout
crainte de la marginalisation de personnels qui, comme tout un chacun,
cherchent les signes de leur reconnaissance sociale. Le télétravail
"surmédiatisé" ne répondra pas aux espérances qu'il a levées. Il est trop
tôt. Papert Seymour écrivait à l'époque
(47)
: "L'informatique actuelle
est une sous-culture de l'ingénieur et des organisations".
Le manque de familiarité technologique notamment en matière de té-
lécommunications, la visibilité insuffisante sur les enjeux et les coûts
réels pour les entreprises font que ces dernières ne s'intéresseront
guère, en dehors de quelques exceptions, à ce concept d'organisation